Environ 3 millions de vies sauvées par an, à peu près autant de handicaps évités et des milliards d’euros épargnés en frais de santé, le bénéfice des vaccins est immense. Alors pourquoi la polémique frémit-elle autour de ces fameux 11 vaccins obligatoires imposés en France aux nourrissons nés après le 01/01/2018, sous peine de ne pouvoir entrer en collectivité ?

D’abord parce que la diplomatie stalinienne visant à contraindre plutôt qu’expliquer, faisant fi au passage du « consentement libre et éclairé » incontournable en médecine, n’était probablement pas la meilleure voie pour « redonner confiance aux Français ». On nous aurait trumpés ? Ensuite parce que les experts s’écharpent à coups de biais méthodologiques sur les adjuvants, ce qui ne rassure personne.

Quels vaccins sont concernés?

Des vieux de la vieille et des plus récents qu’actuellement 80% des parents font déjà injecter à leurs enfants :

  • Diphtérie, Tétanos, Polio, Coqueluche, Haemophilus influenzae (responsable de certaines méningites, septicémies ou épiglottites) et Hépatite B sont regroupés dans l’Infanrix Hexa®.
  • Rougeole, Oreillons et Rubéole sont regroupés dans le ROR® (ou MMR®).
  • Le Prevenar® prévient certaines infections à Pneumocoque de type méningites, pneumonies, ainsi que certaines otites.
  • Le Meningitec® (ou Neisvac®) prévient certaines infections à Meningocoque de type méningites ou septicémies.

Notez que le BCG n’est plus obligatoire en France depuis 2007, sauf pour exercer certains métiers.

Alors pourquoi les imposer ?

Argument du ministère : « c’est un impératif de santé publique » : le taux de couverture vaccinale baisse, ces maladies risquent de ressurgir. Car les gens voyagent, figurez-vous : si certaines de ces maladies deviennent anecdotiques en France, elles ne le sont pas dans d’autres parties du monde. Et pour protéger les plus vulnérables, ceux qui ne peuvent pas recevoir le vaccin ou qui n’y répondent pas ou plus, une seule solution : l’immunité de groupe, ce pourcentage de population vaccinée au-delà duquel le germe ne circule plus (95% par exemple pour la rougeole).

L’adjuvant de la colère

Le système immunitaire peut-il encaisser toutes ces injections ? Oui, sans problème, c’est plutôt quand il n’est pas assez sollicité qu’il aurait tendance à partir en vrille. Injecter plusieurs souches en une fois permet évidemment de diminuer le nombre de piqûres. L’histoire c’est que quand on injecte de petites quantités de germes inactivés, on est obligé d’ajouter une substance supplémentaire pour obtenir une réponse immunitaire suffisante et durable (pour que le vaccin fonctionne, quoi) : l’adjuvant. Ce n’est pas nécessaire quand le vaccin est vivant, par exemple pour le ROR.

L’adjuvant le plus utilisé parce que le plus efficace est l’aluminium, sous forme de phosphate ou d’hydroxyde, injecté des millions de fois depuis 1926, à une dose infime (0,85mg maximum par piqûre). A ce jour, aucune étude scientifique valable n’a démontré sa nocivité. Pourtant, de rares cas de myofasciite à macrophages (lésion au site d’injection contenant de l’aluminium) ont été associés, essentiellement en France, à des symptômes diffus : fatigue, douleurs, perte de mémoire. Le rapport s’est fait démonté pour des problèmes de méthode – querelle interminable d’experts.  L’Académie de pharmacie suppose, elle, une sensibilité particulière et rare de certaines personnes aux adjuvants aluminiques. D’où le combat de certains, dont le Pr Joyeux, pour exiger des vaccins sans aluminium.

Reste que sur les millions de doses injectées, aucun incident n’a formellement été lié à la présence d’aluminium, et que le rapport bénéfice/risque de ce produit est à ce jour très favorable. Aucune raison donc pour les labos de modifier les formules.